SCULPTEUR DE BALLON PARIS IDF : INTERVIEW 3
Pourquoi avoir choisi cette profession ? Parce qu’à l’âge adulte, on nous dit de « percer dans la vie ». Moi j’ai préféré percer des ballons… Plus sérieusement, j’ai toujours adoré voir les gens sourire. Et un jour, en soufflant dans un ballon, j’ai vu qu’avec un peu d’air et beaucoup d’imagination, on pouvait transformer un simple boudin en licorne. J’ai eu comme un coup de foudre… pour le latex coloré !
Comment as-tu appris à faire tout ça ? Avec beaucoup d’essais… et d’explosions ! Mes débuts ressemblaient à un orchestre de « PAF ! » et de « BOUM ! ». J’ai regardé des vidéos, lu des bouquins, pratiqué devant mon miroir et, surtout, j’ai eu des enfants cobayes qui, eux, étaient toujours indulgents, même quand le chien ressemblait à une saucisse tordue.
C’est quoi la forme de ballon qui vous est souvent demandée ? Le chien, bien sûr. Le roi des ballons. Mais parfois, les enfants me demandent des trucs improbables. Une fois, un garçon m’a demandé un « requin cosmique déguisé en cowboy ». J’ai essayé. Ça ressemblait à… rien. Mais il était ravi. Avec les enfants, même un échec devient une œuvre d’art.
Quelle a été la réaction la plus touchante que vous avez pu avoir ? Dans un centre commercial bondé, le papa ne pouvait pas attendre, alors la fillette pleurait les larmes de tout son corps. Ce n’était pas un simple caprice, mais un véritable drame pour elle : c’était beaucoup plus qu’un simple ballon. Si c’était à refaire, je lui remettrais discrètement une sculpture de ballon. Après tout, les clowns font des bêtises et ne respectent pas les règles ! /// Une autre fois, dans un Ehpad, une dame en fauteuil roulant me suivait, ses yeux pétillaient, elle voulait me dire quelque chose mais elle n’arrivait pas à parler pour des raisons de santé. Malgré son âge avancé, elle avait gardé son âme d’enfant. Son corps était fatigué, mais son esprit était là, présent, éveillé, pour jouer, s’amuser.
C’est quoi ce que tu préfères dans le métier ? Ce moment où je commence la sculpture, et que les enfants essayent de deviner. « C’est un serpent ? Non, un chien ! Non… une girafe qui fait du yoga ? » C’est comme un petit jeu de devinette en direct, où tout le monde gagne.
Pourquoi ça te rend si heureux de distribuer des ballons ? Parce qu’un ballon, c’est léger, fragile, un peu comme le bonheur parfois. Mais quand je le donne, le sourire que je vois sur les visages, lui, il éclate jamais. Ce sont des petits moments suspendus, des bulles de joie qui flottent dans l’air.
Tu les distribues où en général tes ballons ? Partout où il y a de la vie et des gens prêts à s’émerveiller : marchés, fêtes, mariages, festivals… Parfois même dans la rue, comme ça, pour surprendre quelqu’un qui n’a rien demandé. J’adore voir un adulte repartir avec un sourire d’enfant.
Est-ce que ça vous arrive de passer dans les hôpitaux pour en distribuer ? Ou associations ? Oui, et c’est sans doute là que mes ballons sont les plus importants. Dans ces lieux où les enfants vivent des moments difficiles, un simple papillon en ballon peut devenir une vraie bouffée d’air. C’est là que je me dis que mon métier est peut-être un peu plus utile que je ne le croyais.
Quelle est votre devise ? Tant qu’il y aura de l’air dans mes poumons, il y aura des ballons dans les mains des enfants.
Et pour conclure : Parfois les gens me demandent : “Mais ça sert à quoi, un ballon ?” Je leur réponds : “À rien. Et c’est pour ça que c’est essentiel.” »
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